
L’accessibilité, qu’est-ce-que c’est ?
“Mettre le Web et ses services à la disposition de tous les individus, quel que soit leur matériel ou logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur localisation géographique, ou leurs aptitudes physiques ou mentales.” Tim Berners-Lee, directeur du W3C et inventeur du World Wide Web.
Jusqu’au 16 mai dernier, il n’y avait aucune loi prévue… mais la loi est finalement passée et tous les sites du service public ont désormais 4 ans pour rendre leur site accessible.
Après mon cursus aux Gobelins l’an passé, j’ai suivi une formation suivie d’un examen pour être certifié “Expert en accessibilité”, même si ce n’est pas forcément vers quoi je veux me diriger dorénavant (concevoir et réaliser un site accessible est un travail très technique, laissant forcément moins de place à la créativité), on ne peut pas nier l’émergence de cette pratique sur le web et il est important d’en connaître les fondamentaux.
J’ai pu mettre en applications mes connaissances en réalisant le site de l’Arcadium, la nouvelle salle de spectacle d’Annecy.
Il faut imaginer qu’une personne aveugle (handicap le plus parlant) navigue sur Internet grâce à un lecteur d’écran type Jaws, qui va lire tout l’écran. Elle va pouvoir se déplacer à l’aide de la touche Tab du clavier, et le lecteur va lui indiquer tous ses mouvements, lettres tapées…
Dans les faits qu’est-ce-qu’il a fallu mettre en oeuvre :
- des gros contrastes de couleur (mal-voyants, seniors, daltonien…)
- des liens internes, un moteur de recherche interne et un plan du site facilement accessible, qui vont permettre à un non-voyant d’aller directement à l’information voulue sans que le lecteur lui lise tout l’écran à chaque chargement de page…
- des images porteuses d’information avec des alternatives textuelles pertinentes pour que le non-voyant ait sensiblement accès à la même information qu’une personne valide
- une structure hiérarchique et logique (bonne utilisation des H1, H2…)
- un site entièrement accessible par la souris et/ou le clavier (handicapés moteurs)
- un code html/css valide W3C et une mise en forme entièrement externalisée dans la css (pour un code propre qui va être lu par un lecteur d’écran, et un site qui ne perd aucune information si la css est désactivé)- des liens explicites repérables visuellement
- une information égale si on désactive le javascript ou le flash (alternatives prévues)
- les tailles des polices de caractère relatives afin qu’elles puissent être agrandies et réduites au moyen des options disponibles sur chaque navigateur (seniors, mals voyants)
…
Le site étant entièrement dynamique, c’est au client d’alimenter son contenu et d’effectuer les mises à jour.
Le client a donc lui aussi une démarche d’accessibilité au quotidien, il doit par exemple :
- préciser quand on a un changement de langue dans le texte (pour que le lecteur vocal prenne l’accent, sinon le contenu devient vite incompréhensible) ou dans la même idée une abréviation
- indiquer qu’un lien qui s’ouvre dans une nouvelle fenêtre pour ne pas perdre l’internaute non-voyant qui va rapidement être désorienté
Ce ne sont que quelques exemples parmi une liste d’environ 90 critères (guidelines W3C/WAI adapté en France par Accessiweb) qui permettent d’auto-certifier son site “accessible”. Par la suite, il est possible d’entamer des procédures de labelisation (bronze, argent, or) uniquement auprès de l’association BrailleNet en France, où j’ai d’ailleurs suivi ma formation. Mais c’est un processus long et coûteux. Il est difficile de l’obtenir et facile de le perdre ! On peut très bien avoir un site accessible sans chercher à obtenir le label, qui est souvent utilisé comme plan marketing, pas toujours à bon escient. L’accessibilité c’est avant tout un devoir éthique et non un objectif commercial !
On aménage les bâtiments publics pour les handicapés, il est donc normal d’aménager les sites du service public eux aussi, pour qu’une personne valide comme invalide puisse faire ses achats sur Internet, acheter son billet de train, payer ses impôts, consulter sa banque…
Sans compter qu’un site accessible est un site pensé dès la conception. C’est un site propre, très bien structuré, qui permet d’aider au référencement naturel et au search engine ready. C’est également un site pensé pour d’autres handicaps tels que les bas débits ou la navigation moins confortable sur un téléphone portable. Au final, tout le monde s’y retrouve !